Arthur Nauzyciel Anton Tchekhov
La Mouette
La pièce, écrite quand s’inventent le cinéma et la psychanalyse, témoigne des changements du tournant du 19e au 20e siècle, qui sans être énoncés, projettent les personnages entre attente et inquiétude, mélancolie et espérance, peu de temps avant les grandes guerres. Quand Tchekhov écrit LA MOUETTE, tout est en transformation, un monde se reconstruit sur la fin d’un autre. Nous-mêmes, aujourd’hui habitons dans les ruines du siècle précédent, un monde d’après la catastrophe – c’est-à-dire, comme l’a écrit Walter Benjamin, dans l’origine : « L’origine ne désigne pas le devenir de ce qui est né, mais bien ce qui est en train de naître dans le devenir et le déclin ». Nous sommes en mutation. Nina parle de l’Horizon. Mais notre horizon à nous s’est déplacé, nous sommes résignés et sceptiques au sortir des expériences du siècle passé. Entre utopie et mémoire, projection dans l’avenir et regard vers le passé, dans un horizon d’attente vers lequel s’orientent nos actes et nos pensées. Il n’y a plus cet horizon de l’autre côté du lac, lieu de désir, de possibilités nouvelles et d’avenir. Aujourd’hui, les personnages de LA MOUETTE sont devenus cet horizon d’attente, ils hantent le lac qui s’est asséché, comme dans la pièce de Tréplev. Dans ce qui fut un lac, dans ce qui fut peut-être un théâtre, une humanité perdue tente de ne pas oublier. Il leur reste les mots. Les mots, une fois prononcés, ne peuvent faire disparaître l’espace qu’ils ont ouvert.
« … ma jeunesse, ce sentiment qui ne reviendra plus, le sentiment, que je pouvais durer éternellement, survivre à la mer, au ciel, à tous les hommes : ce sentiment dont l’attrait décevant nous porte vers des joies, des dangers, vers l’amour, vers l’effort illusoire, vers la mort : conviction triomphante de notre force, ardeur de vie brûlant dans une poignée de poussière, flamme au cœur, qui chaque année s’affaiblit, se refroidit et s’éteint trop tôt, trop tôt, avant la vie elle-même…» Joseph Conrad, JEUNESSE
Arthur Nauzyciel mars 2012
D’Anton Tchekhov, Mise en scène et adaptation : Arthur Nauzyciel
Décor : Riccardo Hernandez, Lumière : Scott Zielinski
Son : Xavier Jacquot, Chorégraphie et mouvements : Damien Jalet, Costumes : José Lévy, Masques : Erhard Stiefel, Musique : Winter Family et Matt Elliott
Avec : Marie-Sophie Ferdane (de la Comédie-Française), Xavier Gallais, Vincent Garanger, Benoit Giros, Adèle Haenel, Mounir Margoum, Laurent Poitrenaux, Dominique Reymond, Emmanuel Salinger, Catherine Vuillez.
Traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan (Actes Sud, 1996)
Régie générale : Jean-Marc Hennaut, Assistante costumes : Sylvie Trehout Bello, Recherche documentaire : Leila Adham, Régie son : Florent Dalmas, Vassili Bertrand, Régie lumière : Christophe Delarue, Régie plateau : Antoine Giraud Roger
Production : Centre Dramatique National Orléans/Loiret/Centre. Coproduction : Festival d’Avignon; Région Centre; CDDB-Théâtre de Lorient, CDN; Théâtre de Saint- Quentin-en-Yvelines, Scène nationale; Maison des Arts de Créteil; Le Parvis, Scène nationale Tarbes-Pyrénées; Le Préau Centre Dramatique Régional de Basse-Normandie – Vire; le phénix, Scène nationale de Valenciennes; Maison de la Culture de Bourges, Scène nationale; Théâtre National de Norvège; France Télévisions. Avec le soutien de l’Institut Français et de la Ville d’Orléans.
Le décor a été construit par l’atelier de la Maison de la Culture de Bourges, Scène nationale.
Les costumes ont été fabriqués par l’atelier Caraco Canezou.
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Philippe Lançon, Libération, juil 2012 -
La Maison des Arts poursuit son compagnonnage avec Ivo van Hove, grand metteur en scène néerlandais. Pour le festival 2013, il propose une double adaptation d’après les films « Persona » et « Après la répétition » du cinéaste culte Ingmar Bergman et y explore les relations complexes entre un metteur en scène, pour qui le théâtre est toute la vie, et son actrice principale.